LETTRE DE SPETSAÏ (62)

(Du canal de Corinthe à Spetsaï)

du Lundi 20 Juillet au Samedi 1er Août

Lundi 20 Juillet. 8h30. “ Balthazar, you are authorized to proceed”. Dans un anglais qui émerge difficilement d’un solide parler grec le sésame nous est donné par VHF après une attente d’une trentaine de minutes pour laisser sortir un petit convoi en sens inverse (on ne se croise pas dans le canal). Le pont à chaîne franchissant le canal à son extrémité Ouest est abaissé. Devant nous, vide, le canal apparaît parfaitement rectiligne dans une profonde entaille coupant l’isthme du Péloponnèse sur 3,2 milles. Deux autres bateaux de plaisance s’engagent derrière Balthazar, formant ainsi un bien modeste convoi.

En s’engageant entre ces parois presque verticales d’une largeur de 25m au niveau de l’eau, parois atteignant près de 80m au point le plus haut on est saisi par l’ampleur des travaux qui furent nécessaires, à main d’homme, sans les gros moyens de génie civil d’aujourd’hui, pour le réaliser.

C’est en marge de l’expédition de Morée, intervention terrestre de l’armée française entre 1828 et 1833 pour chasser les turcs d’Ibrahim Pacha du Péloponnèse (à la suite de la destruction de leur flotte à Navarin, Pylos aujourd’hui, en Octobre 1827) qu’un membre scientifique de la commission de Morée, groupe de savants et ingénieurs accompagnant l’expédition française, à l’image des savants accompagnant Bonaparte en Egypte, Pierre Théodore Virlet d’Aoust, propose un projet de canal au nouveau gouvernement grec. Celui-ci ayant bien d’autres chats à fouetter, c’est l’ouverture du canal de Suez en Novembre 1869 qui décide le gouvernement d’alors de relancer le projet en votant une loi de concession. Il désigne des entrepreneurs français mais les moyens financiers ne sont pas encore réunis. En 1881 c’est à un général italien, d’origine hongroise, Istvan Türr, qu’est confié le projet, après qu’il ait étudié son financement avec la banque de Grèce et avec le banquier français Jacques de Reinach. En 1882 la Société Internationale du canal maritime de Corinthe est créée qui lance les travaux dans la foulée. Mais la faillite de la Compagnie chargée du canal de Panama en 1889 affole les investisseurs qui font défaut pour poursuivre le financement de cet ouvrage considérable à la rentabilité peu évidente. La Société est donc en banqueroute la même année alors que près de 80% des travaux ont été exécutés. Si vous investissez en bourse méfiez vous des grands travaux. Combien de projets grandioses ont vu partir en fumée des milliards d’investissement comme deux exemples récents nous le rappellent : Eurotunnel et la constellation de satellites Iridium de communications globales (5 milliards de dollars pour Iridium). Comme pour les grands hôtels la bonne affaire est généralement pour le repreneur qui rachète pour presque rien l’investissement initial effaçant du même coup la lourde charge financière correspondante. C’est une société grecque qui termine les travaux permettant à Georges Premier de Grèce d’inaugurer l’ouvrage en Janvier 1894. Il revient à un navire français de 110m de long et 13m de large, Notre Dame du Salut, d’être le premier navire à franchir le canal. Engageons nous dans le sillage lointain de celui-ci.

C’est incroyable d’apprendre que dans l’Antiquité on tirait sur des rouleaux les bateaux à travers l’isthme sur le dhiolkos, route pavée dont on peut encore, parait-il, voir des parties sur la rive Nord. Octave, lorsqu’il poursuit Antoine après la bataille d’Actium, fit traverser ainsi sa flotte. Il est vrai qu’à l’époque les bateaux étaient moins lourds et que les esclaves étaient nombreux et ne coûtaient rien, y compris leur vie !

Aujourd’hui le trafic du canal de Corinthe semble très faible. Nous n’avons pas croisé un seul cargo dans les approches. Seuls quelques bateaux de croisière et de plaisance semblent l’utiliser régulièrement à la belle saison.

Après s’être fait alléger de 350€ à la sortie, péage excessivement élevé, Balthazar pénètre par un temps toujours superbe dans le golfe Saronique, cap sur l’île d’Egine et son petit port de Perdika.

13h30. Mouille ! nous reculons cul à quai, un bout de quai réservé au cargo qui livre quotidiennement l’eau à la petite cité balnéaire assoiffée.

Nous venons en entrant de le croiser et nous sommes autorisés à occuper cette extrémité de quai jusqu’à demain matin. Ce sera plus commode pour embarquer Claude et Catherine, et leurs bagages, qui vont nous rejoindre cet après midi.

Aldo nous y accueille tout ému, accolades et effusions, Madonna ! Aldo Scotti, garçon très sympathique et sensible, est un ancien et brillant commercial d’Arianespace ; avec Antonietta ils ont acheté il y a une dizaine d’années une jolie maison blanche au milieu des lauriers et des pins sur les hauteurs de Perdika. C’est là qu’ils passent leurs vacances d’été avant de retrouver leur résidence dans le Milanais.

En fin d’après midi ils nous reçoivent chaleureusement chez eux, y compris Claude et Catherine qui sont arrivés à l’heure prévue d’Athènes par le ferry qui les a déposés à Egine. Dîner excellent ensuite dans le meilleur restaurant du port où Aldo est visiblement très connu et soigné par le patron. Le fils d’Aldo et Antonietta, Stefano, encore plus expansif que ses parents, et sa compagne, la charmante Sara, complètent la grande tablée. Situation de la Grèce, souvenirs d’Arianespace, peintures d’Antonietta, Egine,… les conversations sont soutenues et ponctuées de ces délicieuces expressions ou exclamations italiennes.

Ce n’est que vers minuit, un peu fourbus, que nous retrouvons nos bannettes.

Le lendemain matin, avant l’arrivée du cargo porteur d’eau, nous quittons notre bout de quai de ce petit port accueillant pour aller mouiller devant la jolie plage de Klima au Sud de l’île où Aldo et Antonietta viennent prendre leurs bains. Eckard et Nicole eux sont allés prendre le petit déjeuner chez Aldo qui les accompagne ensuite à Egine pour chercher une voiture de location. Départ de la plage en fin de matinée pour aller faire des courses, Aldo nous faisant visiter la vieille Egine. D’après Hérodote, la flotte d’Egine se distingua particulièrement au cours de la bataille de Salamine. Mais la croissance de cette flotte éveilla la jalousie des Athéniens, à tel point qu’Aristote fit remarquer que « l’île blessait la vue du Pirée ». Au début de la Guerre du Péloponnèse l’île opta pour Sparte et fut donc vaincue avec elle. Elle ne s’en remit jamais et subit ensuite les occupants successifs habituels, Romains, Byzantins, Sarrasins, Vénitiens et Turcs. De 1826 à 1828 elle fut la capitale provisoire de la Grèce récemment libérée et eut ainsi l’honneur d’être le premier endroit où flotta le drapeau grec à la fin de la Guerre d’Indépendance.

Dieu que c’est bon l’ouzo sur le port à l’heure de la forte chaleur.

Dans la douce lumière du couchant sur un promontoire au Nord de l’île le temple d’Aphéa émerge de la pinède. Nous sommes seuls à contempler dans le silence ce temple particulièrement vénéré dans l’Antiquité et assez bien conservé. Lieu magique dominant la mer. Au loin on aperçoit Athènes et le cap Sounion. Ce temple faisait partie du « triangle sacré », avec le Parthénon et celui du cap Sounion, triangle composé de monuments proches de la perfection architecturale. Mais où sont passés les dieux et déesses ?

Un grand merci Aldo et Antonietta pour votre accueil chaleureux et pour cette très belle visite de votre île chargée d’Histoire.

Mercredi 22 Juillet. Balthazar dévale au Largue bâbord amure la mer Egée poussé par un bon meltem de force 6 avec des épisodes à force 7. Quelles meilleures conditions pour rejoindre 80 milles plus loin et en dix heures les blanches Cyclades, conditions un peu musclées pour Catherine dont c’est la première expérience en bateau, mais elle étale très bien et ne se laisse pas impressionner. Au dernier moment la mer s’apaise en pénétrant dans la baie à peu près ronde et presque fermée de Vathi, sur l’île Sifnos, même si quelques rafales rappellent par moment que le meltem est bien là, à l’extérieur.

Charmant endroit dans une belle eau claire ; une chapelle blanche immaculée au bord de l’eau est entourée d’un hameau de petites maisons blanches aux toits plats et de quelques tavernes à l’ombre des tamaris. Un peu plus loin une résidence faite de petites maisons, à l’architecture réussie, s’intègre parfaitement dans le paysage. Lieu paisible de vacances familiales dont profite en particulier une majorité de français.

Une taverne au bord de l’eau régale l’équipage pour douze Euros par tête, ouzo et bières Mythos comprises, d’une cuisine grecque simple mais d’une grande fraîcheur. La feta de Sifnos sur la salade grecque, la moussaka et les calamars frits sont particulièrement appréciés.

Le lendemain matin un groupe de cinq marcheurs, Claude et Catherine, Bertrand et Bénédicte, ainsi que moi-même débarquons en zodiac au pied de la chapelle blanche pour aller se dégourdir les jambes qui travaillent peu sur un bateau. Petite marche de deux heures sur les collines ; quelques troupeaux de chèvres et de mouton escaladent les restanques surveillées par un berger d’une autre époque. Sur les hauteurs une petite ferme vit en quasi autarcie, au milieu de ses cochons et de ses dindons. Un champ d’oliviers soignés, deux ânes à l’ombre sous un eucalyptus, au-dessus des criques de la côte NW. Paix et solitude.

Une jolie chapelle byzantine toute blanche apparaît sur tribord, juchée sur un petit promontoire, entourée de quelques pins maritimes et cyprès, protége le port d’Ios qui se découvre maintenant, bien abrité dans un repli d’une profonde baie. A mouiller long, car le meltem peut revenir, et à culer sur un petit quai où des places sont libres. Sur celui-ci des pêcheurs trient leurs filets jaune safran. Des tavernes et commerces divers bordent ce petit port. Là-haut on aperçoit la chora (chef lieu) toute blanche ; trois chapelles successives escaladent jusqu’à son sommet la colline qui la domine. Quel beau site cycladique. Balthazar arrive là de Sifnos après une belle journée de voile paisible au cours de laquelle il a été quand même nécessaire de faire appel à deux reprises à la risée Perkins.

L’incertitude sur la possibilité de faire ayguade dans les Cyclades (c’est ainsi que l’on nommait du temps de la marine à voiles l’action de mouiller près d’une source pour aller en chaloupe remplir les tonneaux d’eau ; sur les anciennes cartes marines avec lesquelles j’ai commencé à naviguer la mention ayguade en fines lettres repérait les lieux propices et me faisait rêver) m’amène au cours de cette navigation vers les îles à longuement rincer le dessalinisateur pour éliminer le produit de stockage empêchant le développement des bactéries, et à le mettre en route pour produire, alimenté par le groupe électrogène, 110L/h d’eau très pure.

Le lendemain matin Claude et Catherine, Bertrand et Bénédicte, ainsi que moi-même ne résistons pas à gravir à pied, avant les heures chaudes de la journée, après un court trajet en bus pour nous rendre à la chora, les marches toutes blanches de raides ruelles puis un chemin en lacets conduisant aux trois chapelles blanches successives en haut de la colline. Nous jouissons de là haut d’une vue magnifique sur la chora d’Ios, sur son port et la baie. On distingue les innombrables restanques qui permettaient, sur les pentes des collines, de cultiver ce sol aride, cultures maintenant abandonnées. De l’autre côté de la colline s’étalent en courbes de niveau successives les ruines d’une cité très ancienne où des fouilles archéologiques sont conduites. Devant nous le Mont Pirgos domine l’île. C’est sur ses pentes qu’Homère serait enterré après que le vieil aède aveugle, l’illustre auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, soit mort au cours d’un voyage de Samos à Athènes. Strabon déjà se réfère à cette histoire. Des archéologues ont découvert d’anciennes pièces sur lesquelles sont gravées en grec ancien « Homère » « Ios resident ». Son buste veille sur le rond point de la route montant à la chora. Je ne peux malheureusement pas déchiffrer le texte grec gravé dans la pierre.

Après le déjeuner Balthazar quitte le port animé d’Ios où accostent bruyamment et à toute vitesse de nombreux ferries, pour aller mouiller dans une piscine tellement l’eau est transparente, devant une jolie petite plage à l’Ouest de la baie Manganari, au Sud de l’île. Baignades, lectures, Scrabble, Sudoku ou sieste nous permettent d’attendre très agréablement le moment d’appareiller pour atteindre à l’heure du soleil couchant l’entrée du cratère de Santorin que l’on devine à l’horizon.

Dimanche 26 Juillet 16h. Appareillage. Une petite brise de WSW permet à Balthazar, en marchant au près tribord amure tout dessus, de franchir la passe d’entrée dans la caldeira de Santorin, entre l’île de Thira et celle de Thirasia au moment désiré où la lumière du couchant enflamme les parois du cratère gigantesque (environ 10 km de diamètre). Le visiteur est saisi de stupeur par le spectacle grandiose, unique, inoubliable qui s’offre alors à ses yeux. Sur bâbord l’île principale de Thira est ce qui reste d’une grosse moitié du volcan explosé. En forme de croissant elle enserre sur plus d’un demi cercle les bords du cratère maintenant rempli d’eau. Balthazar défile lentement devant ses parois de 150 à 300m de hauteur, aux multiples couleurs rouge ferrugineux, ocre, brun, gris clair ou sombre, parois accores plongeant encore de la même hauteur sous l’eau. Nous nous trouvons dans la plus grande caldeira active de Méditerranée et l’une des plus grandes au monde. Elle a près de cinq fois la taille du Krakatoa, près de Java et on estime que l’explosion titanesque datée d’environ 1650 ans avant JC fut trois fois plus violente que celle du Krakatoa en 1883. Et pourtant la description de cette dernière par les témoins d’alors fait dresser les cheveux sur la tête par l’étendue de ses destructions sur les îles voisines (près de 300 villes et villages rayées de la carte) résultant du tsunami et des chutes de cendres. La Crête qui n’est qu’à 60 milles de Santorin a été certainement ravagée par un tsunami géant et recouverte de cendres acides sur plusieurs décimètres d’épaisseur, ce qui entraîna très probablement la fin de la civilisation minoenne.

Depuis la grande explosion le volcan est demeuré actif et des îles ont disparu ou apparu. La grosse île de Thirasia que nous laissons à tribord dans la passe a été ainsi séparée de Thira lors d’une éruption en 236 av.JC. En 1570 la côte Sud de Thira s’effondra dans la mer. L’île qui occupe le centre du cratère, Néa Kammeni, là devant la proue, champ noir de lave et de blocs de basalte, est apparue en 1711-1712. Une violente éruption dura deux ans en 1866-1867. En 1925-1926 une éruption relia la petite Kammeni à Nea Kammeni. En Juillet 1956 un violent tremblement de terre fit beaucoup de dégâts. Et pourtant, là-haut sur les crêtes, au bord du gouffre où s’activent des énergies titanesques, s’accrochent les villages éclatants de blancheur au-dessus des roches sombres, Oya à l’entrée de la passe Nord, Thira au milieu de l’arc de cercle, d’autres encore, forts symboles de la force et en même temps de la fragilité de la vie.

Il n’est pas possible de mouiller dans le site exceptionnel au pied de Thira, du téléphérique et du chemin dallé raide équipé de marches, que gravissent les mules. La côte est accore et il n’y a plus la petite tonne à laquelle s’accrochaient quelques voiliers lorsque nous étions venus avec Marines. Nous trouvons cependant un mouillage précaire, Balthazar étant tenu tête et cul par deux aussières frappées à l’avant sur un duc d’albe, ancien pilier en béton à une trentaine de mètres de l’extrémité Sud du quai où débarquent les vedettes amenant les croisiéristes et à l’arrière sur une vieille ferrure scellée dans les blocs bordant l’extrémité du quai. Les aussières raidies au winch permettent de maintenir Balthazar à moins de 10m des rochers car les aussières sont loin d’être perpendiculaires à la côte. Précaire car dans ces conditions Balthazar reçoit transversalement le ressac assez important du sillage des vedettes traversant à grande vitesse la baie, sollicitant ainsi assez durement les aussières avec ses 27 tonnes.

Montée en téléphérique au début de la nuit et dîner dans une taverne. Les ruelles sont bondées de touristes (comme nous). Nicole et Bénédicte sont tenaillées par le désir de lèche vitrines, nous par la faim. La dernière fois le Papi et la Mamie emmenaient dans son baby relax Hugues âgé alors de 5 mois (il a 18 ans maintenant) pendant que Christophe, Aude et Hedwige montaient à pied ou sur une mule le raide chemin en lacets montant au village de Thira.

Le lendemain une courte étape nous emmène à Folegandros pour mouiller dans la baie bien protégée du petit port de Karavostasi, baie attrayante avec sa pointe déchiquetée et ses petits îlots tout proches. La chora se cache au-dessus, derrière la crête, pirates oblige.

11h. Mardi 28 Juillet. Allo, les consultations d’urgence de l’hôpital Purpan ? Bertrand se plaint depuis ce matin de douleurs et difficultés pour uriner, assorties de violentes poussées de fièvre. Dans la forte chaleur il grelottait sous un duvet. C’est la première fois que je me sers du téléphone par satellites Iridium pour une urgence médicale. C’était d’ailleurs la seule raison d’achat de mon premier téléphone mobile Iridium sur Marines lors de notre première transat en 2003. Je n’étais pas encore équipé de l’option données pour acquérir les fichiers météo qui est, avec l’échange de courriels avec la famille et les amis, l’autre intérêt majeur d’avoir une liaison satellites à bord, à couverture globale où que l’on se trouve sur notre planète. L’hôpital Purpan de Toulouse veille 24h/24 pour offrir aux marins un service d’assistance médicale en cas d’urgence en mer. Après un questionnaire méthodique déroulé par l’urgentiste le diagnostic auquel il parvient est soit, le moins probable car rare chez les hommes, une infection urinaire, soit, ce qu’il retient comme fortement probable, une prostatite aigue. Dans ce cas il y a urgence à aller se faire soigner dans un hôpital avec service d’urologie car il y a risque sérieux de septicémie. Nous sommes à 5h de route environ de l’île de Milos, délai qui lui parait acceptable et ne justifiant pas une EVASAN (évacuation sanitaire d’urgence en hélico ou par d’autres moyens si hors de portée) qu’il peut si besoin ordonner. En attendant prise d’antibiotique disponible à bord, mais insuffisant car non ciblé pour traiter cette pathologie.

Allons-y fissa ! En route je téléphone au médecin du centre médical de Milos et nous prenons RV avec lui à 17H30. Celui-ci m’explique simplement qu’il n’est pas urologue mais fera un premier examen.

17h15 nous arrivons avec Bertrand et Bénédicte au centre médical de Plaka, bourg principal qui domine le port d’Adamas où nous venons d’accoster. Le médecin confirme qu’il s’agit d’un cas sérieux à traiter en grande urgence. Antibiotique mieux ciblé acheté à la pharmacie d’à côté ; instruction de relier dardare un hôpital équipé pour traiter ce cas. Bénédicte et Bertrand quittent à regrets le bord et sautent dans un ferry rapide Seajet pour Athènes.

23h30 Bertrand entre aux urgences d’un hôpital d’Athènes indiqué par le médecin. Examens et confirmation du diagnostic ; administration immédiate en perfusion d’antibiotiques adaptés. Les poussées de fièvre et l’infection régressent lentement malgré le maintien de la perfusion pendant quelques jours.

Samedi matin 1er Août. Bertrand peut sortir de l’hôpital pour rentrer avec Bénédicte en avion à Paris, doté d’un traitement à suivre pendant plusieurs semaines.

Ouf ! Nous avons eu beaucoup de chance dans cette affaire : assistance impeccable de Purpan, moyens de transport rapides et très opérationnels reliant les îles de la mer Egée et Athènes, délai faible pour rejoindre un hôpital compétent. Bertrand et Bénédicte nous indiquent en outre que les médecins et l’hôpital d’Athènes étaient remarquables. Bravo les Grecs tant décriés en ce moment !

Je frémis à ce qu’il aurait pu survenir lors d’une grande traversée océanique ou dans des endroits isolés (comme l’Antarctique ou le Groenland par exemple). La pharmacie du bord (dotation importante à bord pour les grandes traversées conseillée par la médecine en mer) aurait-elle suffit dans ce cas pour attendre le délai nécessaire à une EVASAN ? A regarder de près pour la prochaine !

Bertrand et Bénédicte, nous fêterons cet heureux dénouement à Meudon à l’Automne avec les autres équipiers de Balthazar, d’autant plus que vous avez manqué le repas traditionnel offert par le capitaine aux équipiers quittant le bord moins précipitamment.

Milos, l’île la plus SW des Cyclades, est un ancien volcan qui, comme Santorin entra en éruption il y a bien longtemps en créant une immense baie dans son cratère (Milos et Santorin sont les deux seuls volcans des Cyclades). Durant sa longue et tumultueuse histoire Milos eut, comme Egine, le malheur de faire le mauvais choix dans la guerre du Péloponnèse entre Sparte et Athènes. Thucydide nous raconte qu’après plusieurs mois de siège Milos dût se rendre sans conditions ; tous les hommes valides furent massacrés et les femmes et les enfants emmenés en esclavage. Durant l’occupation turque Milos sût préserver une large autonomie. L’île tira alors une bonne partie de ses ressources des pirates qui se réfugiaient dans les mouillages déserts autour de l’île et vendaient à Milos leur butin revendu ensuite à des marchands.

Mais Milos c’est aussi la fameuse Vénus (plus exactement Aphrodite) de Milo. Cette sculpture parmi les plus connues de l’Antiquité grecque fut découverte au XIXième siècle par un paysan dans son champ, paysan qui la vendit au Consul de France immédiatement intéressé. Le bateau français envoyé pour la récupérer arriva pour constater qu’elle avait été entre temps enlevée de force par le gouverneur du Sultan et embarquée à bord d’un navire en partance pour Istanbul. Le capitaine du navire français ne se démonta pas et fit débarquer un détachement qui récupéra la statue après un bref combat. Est-ce au cours de ce combat que la belle perdit ses bras ? Même pas sûr.

Jeudi 30 Juillet. 4h10. Appareillage par temps calme sous un clair de lune magnifique de la crique sauvage de St Dimitrios où une petite chapelle au bord de l’eau vénère sa mémoire. Nous y sommes venus la veille pour nous baigner et retrouver le calme. De cette crique qui se découpe au sortir de la baie de Milos nous jouissions hier soir au couchant d’une très belle vue sur le village ancien de Plaka situé de l’autre côté de la très large passe d’entrée de la baie.

14h Balthazar accoste au bout du quai unique du vieux petit port de Spetsaï, dans l’accueillante crique bien protégée de Baltiza, au terme d’une étape de 70 milles faite en grosse partie au moteur. Changement de décor :après les îles arides et les maisons blanches à toits plats des Cyclades, nous retrouvons ici la verdure et les maisons couvertes de tuiles rondes. De belles villas cossues se cachent au milieu des pins, des eucalyptus, et des bongainvillées ou lauriers roses. Un air de riviera italienne.

C’est ici que se fait la relève d’équipage. Claude et Catherine embarquent sur un ferry pour Athènes dès la fin d’après midi. Bravo Catherine d’avoir si bien participé vaillamment à ta première expérience à bord d’un bateau. Salut Claude, mon vieux copain du lycée et compagnon de cordée, à bientôt pour grimper.

Eckard et Nicole nous quittent le lendemain. Deux mois d’aventures et de vie commune depuis le départ de l’Estaque font que l’accolade de départ est plus forte qu’à l’accoutumée. Merci pour votre compagnie délicate et enjouée. Nicole regretteras-tu la petite flûte à bec, le luth et la harpe, douce musique que je mettais les matins de grasse matinée pour dire que le petit déjeuner était prêt ? Les innombrables blagues d’Eckard, les castagnettes de Nicole (sonnerie de rappel pour ne pas oublier ses médicaments), votre délicate compagnie vont nous manquer. A bientôt, tous, à Meudon, avec une bonne bière pour Eckard, qui, c’est entendu, est un germain qui n’en boit presque jamais.

En vieux amoureux Anne-Marie et moi retrouvons le calme et la solitude ce Vendredi 31 Juillet. Baignage à la jolie petite plage à l’entrée de la crique. Ce soir nous irons dîner sur la promenade au bord de l’eau sur laquelle courent des calèches au troT et fêter avec 48h d’avance nos 52 années de mariage.

Aux parents et ami(e)s qui nous font la gentillesse de s’intéresser à nos aventures nautiques à travers ce carnet de voyages

Pour lire d’autres lettres de Balthazar ou voir des photos et documents visitez artimon1.free.fr

Equipage de Balthazar :

Jean-Pierre et Anne-Marie, Françoise (Salefranque), Bénédicte et Bertrand (Duzan), Nicole (Delaître), Eckard (Weinrich).